Prier pour Judas.

Judas : «J’ai péché en livrant à la mort un innocent » (Mt. 27 :4)

Frères et sœurs,

Depuis notre allaitement catéchétique, à l’école, à l’Église, on nous a imprimé l’image de « Judas le traître », aux dépens de « Judas le repenti » ; on nous a bassinés – et jusqu’à ce jour – avec la trahison de Judas, le fameux « baiser de Judas » jusqu’à en faire un baiser proverbial, hypocrite, et on a, sciemment ou non, occulté le repentir de Judas, si sincère qu’il l’a poussé au suicide. On nous a matraqués du Judas qui a vendu son maître pour trente pièces d’argent et non le Judas qui a rendu cet argent, tout repenti. On a plus cultivé en nous une aversion qu’une compassion envers le personnage qui, de par notre éthique chrétienne reposant sur la miséricorde et le pardon des péchés, mériterait un meilleur traitement de notre part, une perception plus compréhensive et plus clémente, d’autant plus que nous ne savons pas grand-chose des circonstances et des motifs qui ont poussé ce disciple de Jésus à le livrer.

Le sort de Judas est entre les mains de Dieu qui Lui, dans Sa Miséricorde et Sa Sagesse infinies, Lui le Juge suprême, sait rendre son juste jugement, au-delà des limites de notre entendement humain. Ce n’est ni aux croyants, ni à l’Église de juger Judas, mais de prier pour lui, pour son salut, comme pour toute âme pécheresse, en retenant le fait que Judas, selon les Écritures, s’était repenti avant de se donner la mort… poussé par la dureté de cœur des grands prêtres qui ont répondu à sa contrition par le rejet et le mépris (« Que nous importe ? Cela te regarde ! »).

Je m’étonne qu’il ne nous soit pas demandé de prier pour Judas, comme s’il avait été non seulement condamné, mais damné. Or nous n’en savons rien. Son cas est pareil à celui de tout suicidé que l’Église se défend de condamner et d’exclure de son milieu.

Le pape Francois, le plus audacieux, le plus sage des papes et le plus chrétien des chrétiens, a bien soulevé ce point dans son homélie du 27 octobre 2014 dans la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, au Vatican, lorsqu’il a affirmé que « Les apôtres sont tous pécheurs, tous. Judas n’était pas le plus pécheur. Je ne sais pas qui était le plus pécheur. Judas, le pauvre, est celui qui s’est fermé à l’amour et à cause de cela est devenu un traître. Mais tous se sont enfuis au moment difficile de la Passion et ont laissé Jésus seul ».

Alors, laissons Judas reposer, en paix ou pas. Et prions pour lui aussi. Cessons de tourmenter sa mémoire à chaque Passion. Jésus, en pardonnant à ses bourreaux sur la croix, a sans doute pardonné à Judas de l’avoir livré, d’autant plus qu’il ne savait pas ce qu’il faisait, et qu’il s’est repenti. On oublie de considérer que c’est par son geste que « tout a été accompli », que sa traîtrise a participé du Rachat de l’humanité, qu’elle était comme inscrite dans le « plan rédempteur », qu’il a été, en quelque sorte, l’instrument de notre salut.

Nous devrions lui en savoir gré, plutôt que de lui tenir une telle rancune, injustifiée et pas très chrétienne.

R.B.

https://w2.vatican.va/content/francesco/fr/cotidie/2014/documents/papa-francesco-cotidie_20141028.html

https://fr.zenit.org/articles/le-cas-de-judas-homelie/

 

 

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