Que puis-je te dire, mon frère ?

Mon frère, tu me fends et me fonds le cœur. Que puis-je dire pour te consoler ? Le bonheur était là, à l’entrée et à la sortie de l’église, et c’est le malheur qui t’a rappelé pour t’accueillir au retour. Ces êtres chers, ces visages lumineux, transformés en masques sombres, par la main de la noirceur, de la bêtise, de la cruauté commandées par le Mal absolu qui est pris pour un dieu miséricordieux ! Pardonne-moi, mais c’est surtout la bêtise qui m’interpelle. Comment un cerveau humain peut-il croire au bien-fondé d’un acte aussi horrible, ou lui trouver quelque justification ? Comment peut-il, ce cerveau humain, doté d’intelligence, même à son plus bas niveau, s’envoyer en mille morceaux, persuadé qu’il va « s’envoyer en l’air » au paradis ? On ne peut même pas faire entrer une telle donnée à un robot. Un robot la rejetterait. C’est pour dire que, quelque part, Satan est vraiment à l’œuvre. Seuls des possédés du démon peuvent accomplir des abominations pareilles. Mais que dis-je là ? As-tu besoin de ce genre de propos dans l’état où tu es ? Encore heureux que tu aies la force et le courage de témoigner et de pleurer ! Pour atténuer cet inimaginable drame !

Que puis-je te dire ? Quels mots aller chercher pour te réconforter ? Dans quel lexique ? Quels mots inventer pour t’apaiser ? Que dire, que faire devant l’irréparable ? L’irrémédiable ? L’inconcevable ? L’irretrouvable ? C’est à en perdre la tête ! À enrager ! Comment une civilisation, dite humaine, peut-elle en arriver à fabriquer des bombes ambulantes, inhumaines ? C’est quoi ce monde de dingues ? Mû par quelle croyance ? Quelle culture ? Quelle histoire ? Quels gènes ? D’où vient-on ? Où va-t-on ? Mais où sommes-nous ? Qui sommes-nous ? QUE sommes-nous ? Que devenons-nous ? On ne s’y retrouve plus ! Je dis « nous » parce que ces monstres font partie de notre espèce ! De l’espèce humaine ! Ils ont un cervelet (faute de cerveau), un cœur, un organisme, des caractères, des traits humains ! Nous sommes forcément, humainement, associés à eux ! Des extraterrestres feraient l’amalgame ! Ils nous mettraient dans le même sac pour nous anéantir… et ils n’auraient pas tort ! Notre monde est en faillite ! Et depuis qu’il est monde ! De tout temps, en tous temps et en tous lieux : guerres, massacres, atrocités, crimes … Ils n’en ont pas marre ? Croyants et incroyants ? Religieux et laïques ? Chacun veut apporter sa solution et il aggrave le problème ! Qu’est-ce que ces cultures mortifères, létales ? Toutes, sans exception ? C’est à se déchirer la dishdasha ou le pantalon et à courir nu dans la nature, loin de toutes ces cultures de malheur ! On en est arrivé à blasphémer ! La vie nous a été donnée pour qu’on la vive, pas pour qu’on la tue ! Nous sommes dotés d’une conscience pour nous émerveiller de notre création et de la création ! Pour nous palper d’étonnement, pour goûter à ce miracle et en profiter ! Ils sont tous là à nous distraire de l’essentiel ! Avec leurs histoires à dormir – ou plutôt à mourir – debout ! Des gens sont là à faire la queue, tout heureux, les uns pour communier, les autres pour aller au buffet… et paf ! Partis debout, emportés par un fou !

Que puis-je te dire, mon ami, mon frère, moins dans la religion que dans l’humanité ! Car j’en veux, un peu, à la première, la tienne qui est aussi la mienne. Bon sang ! Seigneur ! Ils étaient là pour te prier ! Pour saluer ta résurrection ! Tu aurais pu faire quelque chose ! Mais c’est un reproche si classique, si éculé ! Tu as tes raisons que ma raison ne peut connaître. J’espère un jour avoir la réponse, dussé-je aller au paradis ou en enfer. J’ai droit à une réponse !

Quant à toi, mon frère, je t’admire ! Tu es meilleur que moi ! Plus chrétien que moi ! Tu es résigné, pas révolté. Malgré la terrible épreuve, ton insondable affliction, ta foi semble intacte ! Tu as l’air de mieux comprendre que moi le Ressuscité pour avoir été, toi aussi, crucifié ! Et déjà, je sens une force me regagner, par ta force ; une foi me reprendre, par ta foi.

Alors que je cherchais à te consoler et à te remonter, c’est toi qui le fais !

R.B.

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