Révolution pour tous

#RevolutionPourTous

Si le slogan « kellon yaani kellon » (« tous c’est-à-dire tous ») s’est refait une santé, en ces jours bénis de contestations généralisées, après sa longue convalescence suite à sa chute accidentelle à l’été 2015, il convient cette fois-ci de le relativiser afin d’éviter les erreurs du passé et de rendre le mouvement actuel le plus inclusif possible, de sorte à ce qu’il prenne le plus d’envergure et qu’il soit représentatif de tous les Libanais, sans aucune exclusion ou exception touchant des personnes ou des groupes.  

TOUT libanais est bienvenu au sein du mouvement de contestation, indépendamment de son appartenance religieuse, civile, partisane, de son historique, de son passé, de son ascendance ou de sa descendance, fût-il de la société civile ou d’une organisation « si vile », du 14 ou du 8 mars, ou de la planète Mars. Du moment qu’il s’est dépouillé de ses vieux vêtements et qu’il s’est drapé du drapeau national, qu’il chante l’hymne national, qu’il scande les slogans de la contestation (que l’on espère se muer en révolution), qu’il épouse ses revendications, qu’il se conforme aux valeurs du mouvement civil… il est non seulement le bienvenu, mais il est chez lui. Cette « révolution » en gestation est à lui et à elle. Elle dépend de lui et d’elle, de chacun et de chacune. Elle est à « kellon yaani kellon ». Elle n’est à personne et elle est à tous. Elle n’est la chasse gardée d’aucun collectif, d’aucun groupement, d’aucune association, d’aucun parti. Elle est au contraire ouverte à la chasse de tous ceux qui s’y retrouveraient, pour les gagner à sa cause, pour les « convertir ». Elle est la propriété de tout libanais qui croit en sa libanité et en sa citoyenneté, et qui en fait sa profession de foi. Elle n’est pas l’apanage de ceux qui disent « kellon yaani kellon », surtout que ces « kellon » ne sont pas tous des anges et n’ont pas tous un palmarès reluisant.  

C’est donc « kellon yaani kellon » qui sont invités à la fête de la libération. « Tous c’est-à-dire tous » doivent être de la partie, les « purs »  et les « impurs », les « circoncis » et les « incirconcis », les « fidèles » et les « infidèles », les membres de la société civile et les membres des partis politiques, pour autant que tous soient des convertis, et les traîtres à la cause des repentis.

Cette Révolution n’est pas là pour juger, pour s’ériger en un tribunal d’Inquisition, mais pour sauver la patrie et ses citoyens. Ce ne sont pas les œuvres – bonnes ou mauvaises – du passé qui servent de critères ou de conditions d’admissibilité au mouvement de protestation, mais la profession de foi du présent. Tous ceux et toutes celles qui « croient » en elle, sincèrement, sont admissibles. Nous serons sauvés moins par nos œuvres que par notre foi en un Liban souverain, propre, vert, incorruptible, convivial et prospère. Et les bonnes œuvres suivront en conséquence.

C’est par notre foi commune et UNE, que nous pourrons nous pardonner, marcher main dans la main, et arriver au paradis Liban.

Cette Révolution – laïque – n’est pas venue appeler des « sains », ou des « saints », mais des pécheurs. Tous et toutes, libanais « de souche », libanais convertis, libanais repentis et libanophiles, sont conviés au Banquet dont l’hôte est le Liban, le Grand.

R.B.       

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