Rondel du départ.

 

Quand il faudra partir,

Laisse ton ombre en gage,

Un mot ou une image,

Plutôt que de mourir ;

 

Laisse une pensée sage,

Un grain prêt à s’ouvrir

Pour ne pas dépérir

Au fond du paysage.

 

Laisse un beau témoignage,

Un pleur sur un visage,

Une envie de s’unir

Juste avant le voyage,

Avant de s’évanouir.

 

***

 

Quand il faudra partir

N’oublie pas le Message

De ce Liban otage ;

N’oublie pas ses martyrs !

 

N’oublie pas ses orages

Calmés par un soupir,

Et prends dans ton bagage

Son ciel comme élixir.

 

Prends aussi ses villages,

Ses monts et ses rivages

Qu’on est en train d’enfouir ;

Déchire et prends la page

Intacte, avant de fuir.

 

***

 

Quand il faudra partir

Oublie ta triste histoire

Et tes semblants de gloire,

Mais pas tes souvenirs ;

 

Souffle de ta mémoire

Ce qui t’a fait souffrir ;

Laisse le mal s’enfuir

Et remets-toi à croire.

 

Quand il faudra partir

Vide bien ton armoire,

Emballe les désirs

À l’étoffe de moire

Pour vêtir l’avenir.

 

***

 

Quand il faudra partir

N’oublie pas la nouvelle,

La bonne, la plus belle,

N’oublie pas de bénir ;

 

N’oublie pas de saisir

L’amour, sur l’aquarelle ;

De suivre et d’assouvir

Son vol, à tire-d’aile…

 

Jusqu’à n’en plus finir ;

Chanter sa ritournelle

Au point d’y revenir

Ou, simplement, choisir

Sa chaste caravelle.

 

R.B.

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