S’’IL VOUS PLAÎT…… DESSINE-MOI UN CONSEIL DE SÉCURITÉ !

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Je crois que si le Petit Prince revenait de sa planète, il demanderait à l’Américain, au Français, au Britannique, au Russe et au Chinois de lui dessiner un Conseil de sécurité. Il leur demanderait, dans toute sa candeur d’extra-terrestre, pourquoi faut-il que ce soit toujours EUX les membres permanents ayant le droit de veto et pourquoi devrait-il y avoir, en tous les cas, des membres permanents et des membres non permanents, des pays ayant le pouvoir de décision, le privilège de dire «oui» et «non», de disposer des destinées de cette planète et de ses habitants, et des pays privés en permanence de ces privilèges. Pourquoi faut-il qu’il y ait sur cette planète des citoyens de première catégorie et d’autres de deuxième et troisième catégorie ? Pourquoi le Canadien, le Belge, le Japonais, le Sénégalais, etc. ne peut-il se prévaloir de ce droit ? Pourquoi ne peut-il voir sa patrie jouir des mêmes privilèges, notamment les privilèges de permanence et de droit de veto? Pourquoi les décisions ne sont-elles pas prises à la majorité des membres, selon le système démocratique auquel ils adhèrent, apparemment ? Il leur demanderait, en les dévisageant un à un, si cet état de fait n’est pas justement contraire aux droits «égaux et inaliénables» de l’homme dont le Conseil se prévaut dans la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies.

 

De plus, il leur citerait ce paragraphe de ladite Déclaration :

 

Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

 

…et leur demanderait si tous les cinq s’appliquent à faire respecter cette clause, notamment dans le cas de la Syrie, et si, d’ailleurs, chacun d’eux pourrait se vanter d’être lui-même un «régime de droit», en fixant particulièrement du regard le Russe et le Chinois…qui regarderont ailleurs.

 

Devant son insistance, toute princière, de connaître les raisons de cet exclusivisme, les cinq privilégiés lui parleront d’histoire ancienne, de leur rôle et leur victoire au temps de la Seconde Guerre Mondiale, à quoi le Petit Prince répondra que beaucoup d’erreurs et de défaites ont suivi depuis, chez chacun d’entre eux, et que les lauriers de la victoire et de la gloire se sont flétris. Faute d’argument, ils sortiront de leur chapeau ou leur béret un vieux lapin qui fut très chaud au temps de leur investiture, celui de la prolifération démographique, pour lui apprendre qu’ils représentent à eux cinq réunis la majorité de la population mondiale avec les empires coloniaux ! Et le Petit, qui étudie leur Géographie de très loin depuis longtemps, leur demandera si ce compte est toujours bon, surtout avec la décolonisation, et pourquoi l’Indien ne viendrait pas se joindre à eux.

 

L’un d’eux pensera opposer l’argument massue des pouvoirs nucléaires, mais se ravisera en se rappelant que ces pouvoirs ne sont plus l’apanage de leur cercle fermé et que le Pakistanais, qu’ils dédaignent comme membre provisoire, détient aussi de tels pouvoirs et que l’Iranien est en voie de les acquérir, après l’Indien, l’Israélien et d’autres.

 

Un autre sentira monter en lui l’argument économique…qu’il ravalera dans le ventre creux de son être en faillite. 

 

Ne pouvant plus soutenir le regard inquisiteur du Petit morveux, ils lui demanderont ce qu’il vient faire sur cette planète, après tout, lui qui fonctionne selon un raisonnement étranger au leur, ce à quoi il leur répondra, en s’élevant dans les airs, que si son raisonnement est étranger, leur raisonnement est étrange.

 

R.B.

 

 

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