Soutien électoral du « quatrième pouvoir » au pouvoir.

 

Dans un article précédent, j’avais dénoncé le soutien du « quatrième pouvoir » au pouvoir. En voici une des preuves par la « Une » de L’Orient-Le Jour qui publie un « poster » de Saad Hariri souriant et triomphant, avec pour titre « post-électoral » : « Hariri consolide son emprise sur la scène sunnite ». Une manchette éminemment tendancieuse et suggestive, en plus d’être « communautariste », qui « proclame » d’avance l’emprise du premier ministre sur la communauté sunnite, comme si les élections avaient eu lieu et qu’il en était sorti vainqueur, et comme s’il n’y avait pas eu le « raz-de-marée » anti-haririen à Tripoli, sous la houlette de Rifi, lors des dernières municipales, outre le score respectable de « Beirut Madinati » dans la capitale.

L’édition du lundi 12 mars est un nouvel indicateur des tendances médiatiques locales qui soutiennent l’establishment. La mise en page du quotidien se résume comme suit :

– La « Une » dominante au Courant du Futur et à son chef, avec un titre « sectaire » triomphal. Ceci sans compter le slogan « païen » de la campagne du Futur qui n’a plus rien à voir avec le futur pour avoir renié son passé (« Nous sommes le talisman bleu… » نحنا الخرزة الزرقا ). Slogan judicieux, propre à favoriser l’esprit superstitieux, en plus de l’esprit communautaire. Bien entendu, un texte d’introduction soutient, comme un socle, la « statue » de Hariri, lequel s’étend à la page 2 pour l’envahir complètement.

– Dans la marge de la première page, à droite, un modeste encadré pour la cérémonie des Kataëb, qui renvoie le lecteur à la page 3 où le quotidien se rattrape en accordant au parti d’opposition la place qu’il mérite, compte tenu de l’étendue de son programme électoral.

– La cérémonie du parti « Sabaa » est quant à elle réduite à une bande horizontale au bas de la deuxième page, comme une « note en bas de page » (sans aucune illustration), écrasée sous le poids d’un Futur incertain, mais que le quotidien tient, de toute évidence, à « consolider ».

– Le Mouvement de l’Initiative nationale de Fares Souhaid a été relégué à la quatrième page, mais a pu échapper à l’écrasement de l’establishment qui, soit dit en passant, a unifié ses bulldozers dans nombre de circonscriptions. La cérémonie du Mouvement a quand même pu se dérouler « à la une » de ladite page (fort heureusement).

Cela dit, si la visibilité des cérémonies et des campagnes électorales dans la presse répond à des impératifs d’ordre commercial reliés à un éventuel achat d’espace par les formations respectives, au même titre que pour l’audiovisuel, la loi oblige le média, ou du moins l’éthique, de l’annoncer par une mention, pour que le public sache que tel parti a « acheté » sa visibilité, que l’espace qu’il occupe n’est pas proportionnel à son importance (et à ses mauvaises performances), mais à son portefeuille. Dans la négative, il conviendra de revoir les critères de visibilité dans un esprit d’équité, tout en accordant une longueur d’avance au nouveau venu, désavantagé, et ceci à titre compensatoire, ce qui ne serait pas injuste au regard des moyens énormes des partis traditionnels, dont le chef de l’un d’eux a repris sa modeste place au classement Forbes des milliardaires.

R.B.

 

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