Sur le reniement de la foi.

Les coptes égyptiens exécutés après avoir refusé de “renier leur foi” (L’OLJ).

 

Ces héros, déjà saints, méritent d’être honorés dans la plus grande solennité… mais dans la réflexion aussi. Est-il vraiment nécessaire de se faire tuer, et d’emporter avec soi des enfants (qu’on n’a pas consultés) pour n’avoir pas sorti de sa bouche une profession de foi à laquelle le cœur n’adhère pas ? Dieu ne voit-il pas dans le secret pour savoir que le cœur n’y est pas, mais qu’au contraire, il se trouve déchiré entre deux sacrés : le sacré de la foi et le sacré de la vie ? Et sans la vie, que devient la foi ?

Personnellement, je trouve absurde de se sacrifier et de sacrifier autrui, notamment des enfants, pour des mots à dire ou ne pas dire, alors que c’est le « ressenti » qui compte aux yeux de Dieu. Saint Pierre a renié trois fois Jésus et il est resté la pierre sur laquelle Il a bâti son Église ! S’il ne l’avait pas renié il aurait péri et cette Église n’aurait peut-être pas vu le jour !

Ces martyrs auraient pu sortir de leur bouche, pour la forme, la profession de foi musulmane et renouveler dans leur cœur leur profession de foi chrétienne. Laquelle des deux aurait-elle prévalu aux yeux du Christ? Ils auraient pu faire aux terroristes, une fois le dos tourné, un pied de nez et réciter le Credo.  Ils auraient continué à vivre et professer leur vraie foi, faire de nouveaux convertis après avoir sauvé des vies !

Je trouve franchement insensé de mourir à cause d’une simple « formalité » verbale qui n’engage ni la raison, ni le cœur. Renier ou non sa foi est un acte libre, réfléchi… et personnel. Par ailleurs, a-t-on le droit de décider pour les autres et de les emporter avec soi, surtout s’il s’agit d’enfants, pour une question de principe ? Qu’on considère qu’il s’agit d’otages à libérer en cédant au chantage d’une « formulation » purement verbale et nullement intentionnelle. Cette intransigeance est, à mon avis, l’autre face du fanatisme.

Je trouve qu’il existe, dans pareil cas, une responsabilité à l’égard de la sécurité et de la vie d’autrui, des enfants en l’occurrence, et qu’il n’y a pas lieu pour le monde clérical de se vanter d’un tel sacrifice (admirable en soi), mais de plancher sur la question et de sortir des recommandations, voire une « bulle pontificale » disant qu’une abjuration qui est forcée, qui n’est pas intentionnelle, n’est pas une apostasie, non plus un signe de lâcheté ou de traîtrise ; que le reniement de la foi n’est considéré que s’il est délibérément et librement exprimé et que ce n’est pas ce qui sort de la bouche, au forceps, qui compte, mais ce qui sort du cœur. Les Églises chrétiennes réunies (divisées ou pas), doivent se prononcer clairement sur cette question et prendre position. Le martyrologe est déjà plein à craquer !

Jésus n’a pas besoin de « martyrs ». C’est Lui le Martyr. Il a besoin de missionnaires, bien vivants, pour témoigner de son Martyre et répandre sa Parole. Il est le chemin de la Vie, pas de la mort. Le christianisme est une religion de Vie.

 

Ronald Barakat

 

 

 

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